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Les choix stratégiques
Thème · Les choix stratégiques

Styles de management et contre-pouvoirs

Rensis Likert identifie quatre styles de management (autoritaire, paternaliste, consultatif, participatif). Le style participatif favorise la performance, car il implique les salariés dans les décisions. Les parties prenantes exercent des contre-pouvoirs via les zones d'incertitude (Crozier). La RSE intègre leurs intérêts dans la stratégie.

8 min de lecture 2e annéeMCOGPME
#management#Likert#parties prenantes#RSE#pouvoir#Crozier

Introduction

En 2024, Michelin a annoncé la fermeture des usines de Cholet et Vannes — déclenchant une vague de protestations syndicales (CGT, CFDT), le soutien des élus locaux, et un appel du ministre de l'Économie Bruno Le Maire. La décision de la direction a dû être renégociée : reclassements étendus, indemnités de départ jusqu'à 100 000 €, création d'un fonds de revitalisation territoriale. À l'inverse, Shein, critiquée pour ses pratiques (travail forcé présumé, fast-fashion), bloquée sur le plan législatif français en 2024 par le projet de loi contre la fast fashion, illustre comment les contre-pouvoirs politiques et ONG peuvent freiner un géant.

Le management n'est pas qu'un art de diriger : c'est un jeu d'équilibre entre pouvoirs et contre-pouvoirs.

Objectifs

Objectifs du chapitre

  • Identifier les quatre styles de management selon Likert
  • Comprendre le rôle des parties prenantes dans l'entreprise
  • Analyser les contre-pouvoirs (théorie de l'acteur stratégique, Crozier)
  • Situer la RSE dans la gouvernance moderne

1. Les styles de management

Le style de management correspond à la manière dont le dirigeant exerce son rôle, organise le travail et motive ses équipes. Entre deux extrêmes :

  • Directif : le manager contraint pour obtenir la performance.
  • Convivial / participatif : les salariés se réalisent dans leur travail.

1.1 Les 4 styles de Rensis Likert

Les 4 styles de management de Likert
  AUTORITARISME ◀─────────────────────────────▶ PARTICIPATION

  ┌─────────────┐ ┌─────────────┐ ┌─────────────┐ ┌─────────────┐
  │ 1. AUTORIT. │ │ 2. PATERN.  │ │ 3. CONSULT. │ │ 4. PARTICIP.│
  │ EXPLOITEUR  │ │             │ │             │ │             │
  ├─────────────┤ ├─────────────┤ ├─────────────┤ ├─────────────┤
  │ Intimidation│ │ Bon père de │ │ Manager     │ │ Confiance   │
  │ Sanctions   │ │ famille     │ │ consulte    │ │ totale      │
  │ Com descend.│ │ Récompenses │ │ avant décis.│ │ Décisions   │
  │ Ordres purs │ │ + sanctions │ │ Com horiz.  │ │ collégiales │
  │             │ │             │ │ + verticale │ │ Équipe      │
  └─────────────┘ └─────────────┘ └─────────────┘ └─────────────┘
       │               │               │               │
       ▼               ▼               ▼               ▼
     STRESS       APPARTENANCE     BON CLIMAT       CRÉATIVITÉ
     peu de       mais dépend.    RESPONSABIL.     ENGAGEMENT
     motivation   du manager                        PERFORMANCE

Le style 1 : autoritaire et exploiteur

Directif pur, basé sur la menace et la sanction. La communication est descendante, les décisions prises au sommet sans consultation. Résultat : stress, peu de motivation, turn-over élevé.

Le style 2 : paternaliste (ou autoritaire bienveillant)

Le manager reste directif mais place sa confiance dans ses équipes. Il joue le « bon père de famille », alterne sanctions et récompenses. Cela peut créer un sentiment d'appartenance mais génère une dépendance affective forte.

Le style 3 : consultatif

Le manager consulte ses équipes avant de décider. La communication circule horizontalement. Les équipes se sentent entendues sans décider elles-mêmes. Bon climat, responsabilisation.

Le style 4 : participatif

Le manager fait partie de l'équipe. Les décisions sont prises collégialement. L'engagement et la créativité sont maximaux. C'est le style que Likert considère comme le plus performant à long terme.

Exemple — L'entreprise libérée, version extrême du participatif

Le concept d'entreprise libérée (popularisé par Isaac Getz) pousse à l'extrême le style 4 : suppression des chefs, auto-organisation des équipes. Des cas célèbres en France : Favi (fonderie sarthoise) ou Chronoflex (réparation de tuyaux hydrauliques, Nantes). Mais attention : en 2023, Zappos (USA) est partiellement revenue en arrière sur son modèle holacratique, jugé trop exigeant.

1.2 Les théoriciens du management à connaître

Astuce mémoire

POCCC de Fayol : Prévoir, Organiser, Commander, Coordonner, Contrôler. C'est le squelette de tout manuel de management et un classique des questions d'examen CEJM.


2. Parties prenantes et contre-pouvoirs

2.1 Les parties prenantes

Les se divisent en :

CatégorieExemples
InternesDirigeants, salariés, actionnaires
Externes directesClients, fournisseurs, concurrents, banquiers
Externes indirectesÉtat, collectivités, ONG, syndicats, médias, riverains

2.2 La théorie de l'acteur stratégique

Exemple classique : dans une usine, l'ouvrier d'entretien qui seul sait réparer une machine cruciale détient un pouvoir informel supérieur à celui d'un cadre moyen.

2.3 Les contre-pouvoirs

Lorsque des parties prenantes considèrent que leurs intérêts sont menacés, elles peuvent se transformer en contre-pouvoirs :

  • Syndicats : grève, manifestations (ex. Michelin 2024).
  • ONG : campagnes de boycott (ex. Greenpeace contre TotalEnergies).
  • Médias / réseaux sociaux : dénonciation (ex. scandale Orpea en 2022).
  • Actionnaires minoritaires : résolutions en AG (ex. activistes comme Phitrust).
  • État : sanction réglementaire (ex. amende de 3,2 Md€ contre Apple par la Commission européenne en 2024).
Exemple — Orpea : quand les contre-pouvoirs renversent un dirigeant

Début 2022, le livre Les Fossoyeurs de Victor Castanet dénonce les dérives d'Orpea (EHPAD). En quelques semaines : enquête parlementaire, chute du cours de Bourse (–90 %), départ du PDG. En 2023, l'entreprise est renflouée par la Caisse des dépôts. Les contre-pouvoirs (médias, familles, État) ont renversé un groupe coté au CAC.

2.4 La RSE : intégrer les parties prenantes

La est désormais une obligation légale pour les grandes entreprises :

  • Loi Pacte (2019) : introduction de la « raison d'être » dans les statuts + possibilité de devenir « société à mission » (Danone, MAIF, Camif).
  • Directive CSRD (2024) : reporting extra-financier obligatoire pour les entreprises de + 250 salariés en Europe.

La RSE oppose la vision actionnariale (shareholder — seuls les actionnaires comptent, Milton Friedman) à la vision partenariale (stakeholder — toutes les parties prenantes comptent, Edward Freeman 1984).


Points clés à retenir

À retenir

Fiche de révision express

1. 4 styles de Likert

  • Autoritaire exploiteur (directif pur)
  • Paternaliste (bienveillant mais directif)
  • Consultatif (écoute avant de décider)
  • Participatif (décisions collégiales) ← plus performant

2. Auteurs clés du management

  • Fayol : POCCC + 14 principes
  • Weber : bureaucratie
  • Drucker : management par objectifs (MBO)
  • Likert : 4 styles de management

3. Parties prenantes Internes (salariés, actionnaires) + externes (clients, État, ONG, médias).

4. Théorie de l'acteur stratégique (Crozier & Friedberg) Le pouvoir dépend de la maîtrise des zones d'incertitude, pas seulement de la hiérarchie.

5. Contre-pouvoirs Syndicats, ONG, médias, État, actionnaires minoritaires — peuvent bloquer ou infléchir les décisions des dirigeants.

6. RSE Prise en compte des intérêts de toutes les parties prenantes. Cadre légal : loi Pacte 2019, CSRD 2024.


Pour aller plus loin

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