Cas pratique — GreenBus
Durée estimée : 240 min · Examen BTS MCO / GPME
Cas pratique : GreenBus
Présentation du dossier
GreenBus est une PME toulousaine fondée en 2019 par Aurélie Gasquet (42 ans, ex-ingénieure Airbus Helicopters) et Thomas Riviera (44 ans, ex-consultant mobilités à Transdev). Installée à Colomiers (31), GreenBus conçoit, assemble et commercialise des cars électriques autonomes de 18 à 25 places, destinés aux transports collectifs sur les lignes péri-urbaines et rurales. L'entreprise emploie 45 salariés (ingénieurs, techniciens, commerciaux) et a réalisé un CA de 14,8 M€ en 2024 (+52 % vs 2023).
Son marché est BtoB : GreenBus vend aux collectivités territoriales (régions, syndicats mixtes de transport, Autorités Organisatrices de la Mobilité – AOM) via des appels d'offres publics. La jeune pousse compte déjà 11 collectivités clientes (Occitanie, Hauts-de-France, Grand Est, Métropole de Rennes, etc.). Mais le contexte se tend : l'irruption du géant chinois BYD sur le marché européen, la politique tarifaire de ses cars électriques jusqu'à 30 % moins chers, et la révision des subventions européennes (fin du Fonds Vert début 2025) bouleversent les règles du jeu.
Aurélie Gasquet a aussi constaté deux défaillances de marché : d'une part, les externalités positives de ses véhicules (réduction CO₂, amélioration qualité de l'air) ne sont pas rémunérées par le marché ; d'autre part, l'infrastructure de recharge rapide pour bus électriques est encore largement insuffisante – un bien commun sous-investi.
Vous êtes stagiaire BTS chez GreenBus. Aurélie vous demande une note stratégique avant la réunion du conseil d'administration du 12 juin 2026.
Consignes générales
- Durée conseillée : 4 heures
- Vous disposez de 8 documents numérotés
- Chaque mission vaut un nombre de points indiqué
- Vous êtes stagiaire BTS MCO/GPME au sein de l'entreprise et devez répondre aux demandes du dirigeant
- Toute réponse doit s'appuyer sur les documents ET sur vos connaissances du cours
- Notations : références précises aux documents (ex. « doc. 3 »), notions mobilisées en gras
Dossier documentaire
Document 1 — Article de presse (Le Monde, 22 février 2025)
BYD enfonce le clou sur le marché européen des bus électriques
Le constructeur chinois BYD a annoncé l'ouverture en janvier 2025 d'une usine d'assemblage à Szeged (Hongrie), d'une capacité de 600 bus électriques par an. Ses tarifs, 25 à 30 % inférieurs à ceux des constructeurs européens (Iveco Bus, Van Hool, GreenBus), inquiètent les acteurs du secteur. « BYD bénéficie de subventions massives de l'État chinois et d'une intégration verticale unique, de la cellule batterie au véhicule fini », rappelle un rapport de la Commission européenne (DG Trade, janvier 2025). Des droits de douane antisubventions de 17,5 % ont été imposés en octobre 2024 sur les véhicules électriques chinois, mais jugés insuffisants par les industriels européens.
Document 2 — Tableau des marchés et acteurs (Étude Xerfi « Mobilité électrique collective », mars 2025)
| Segment | Taille marché France 2024 | Croissance annuelle | Acteurs principaux |
|---|---|---|---|
| Bus urbains élec. grande capacité (> 40 places) | 420 M€ | +18 % | Iveco Bus, Volvo, BYD, Yutong |
| Cars péri-urbains élec. (18-40 places) | 180 M€ | +35 % | GreenBus, Karsan, BYD, Heuliez |
| Microbus autonomes (8-15 places) | 45 M€ | +60 % | Navya, EasyMile, May Mobility, GreenBus |
| Total bus/cars électriques France | 645 M€ | +27 % moyen |
Document 3 — Extrait de rapport institutionnel (France Stratégie, « Défaillances de marché et transition écologique », janvier 2025)
« La transition vers des mobilités décarbonées se heurte à trois défaillances de marché classiques :
Les externalités environnementales positives (réduction CO₂, NOx, particules fines) ne sont pas internalisées par le marché. Un bus électrique évite en moyenne 82 tonnes de CO₂e/an par rapport à un bus diesel équivalent (source ADEME, 2024). Valeur tutélaire du carbone : 90 €/t CO₂ en 2025 (France Stratégie, rapport Quinet 2019 révisé).
L'infrastructure de recharge constitue un bien commun (rival mais non exclusif) sous-financé : 38 % des communes de moins de 5 000 habitants sont encore dépourvues de borne de recharge rapide (source Avere-France, décembre 2024).
L'asymétrie d'information sur la durabilité des batteries ralentit l'adoption : 62 % des acheteurs publics s'estiment mal informés sur la dégradation des batteries à 10 ans (enquête GART, 2024).
Ces défaillances justifient une intervention publique via subventions, taxation carbone, normes, et cofinancement d'infrastructures. »
Document 4 — Extrait juridique (Code des marchés publics et Code de la commande publique)
Article L.2152-7 Code de la commande publique : « Le marché est attribué au soumissionnaire ayant présenté l'offre économiquement la plus avantageuse, sur la base d'un ou plusieurs critères objectifs, précis et liés à l'objet du marché. »
Article R.2152-7 CCP : « Les critères peuvent comprendre notamment : 1° le prix ou le coût global (coût complet de possession) ; 2° la qualité, le caractère esthétique, l'environnement, le développement durable, l'innovation ; 3° les performances en matière de protection de l'environnement ; 4° la part de produits issus de l'économie circulaire ; 5° les conditions d'exploitation (SAV, formation, garanties) ; 6° les délais. »
Article L.2112-2 CCP : « Les conditions d'exécution d'un marché comportent des éléments à caractère environnemental. Les acheteurs publics doivent intégrer le coût du cycle de vie dans leurs critères d'attribution. »
Document 5 — Témoignage (Frédéric Masson, directeur transports Région Occitanie, interview Mobilités Magazine, mars 2025)
« Nous sommes attachés à la souveraineté industrielle française. Quand GreenBus a répondu à notre appel d'offres 2024 pour 25 cars Tarbes-Lourdes-Lannemezan, leur tarif était supérieur de 18 % à BYD, mais leur bilan carbone cycle de vie, la proximité du SAV, et l'ancrage local ont fait pencher la balance. Le nouveau code de la commande publique nous autorise à valoriser l'impact environnemental. Mais nous avons des comptes à rendre aux contribuables : si l'écart devient trop grand, nous ne pourrons plus privilégier GreenBus. La souveraineté a un prix, mais pas n'importe lequel. »
Document 6 — Schéma du circuit économique simplifié de GreenBus
(salaires, cotisations)
MENAGES ◄─────────────────── ENTREPRISES (GreenBus)
│ (achats) ▲ ▲
│ │ │
▼ │ │
ENTREPRISES │ │ (impôts,
(hors GreenBus : │ │ cotisations)
fournisseurs, │ │
sous-traitants) │ │
▲ │ │
│ │ │
│ (achats │ │
│ B2B) │ │
│ ▼ ▼
COLLECTIVITES ──── (commandes + subventions) ──► GreenBus
(Régions, ▲
AOM, SMM) │
│
ETAT / UE
(subventions Fonds Vert,
crédit d'impôt recherche)
│
RESTE DU MONDE
(BYD, Yutong, Karsan, importations)
Document 7 — Données chiffrées (Tableau de bord GreenBus 2022-2024)
| Indicateur | 2022 | 2023 | 2024 |
|---|---|---|---|
| CA (M€) | 6,2 | 9,8 | 14,8 |
| Cars livrés (unités) | 18 | 29 | 46 |
| Appels d'offres remportés / soumis | 5 / 12 | 7 / 18 | 11 / 27 |
| Taux de succès appels d'offres (%) | 42 | 39 | 41 |
| Part subventions publiques dans le financement client (%) | 55 | 48 | 35 |
| Marge opérationnelle (%) | –8 | –2 | +3,5 |
| Effectif | 24 | 32 | 45 |
Document 8 — Jurisprudence (CJUE, arrêt C-367/19 du 10 septembre 2020, Tax-Fin-Lex)
« La Cour de justice de l'Union européenne a confirmé que le critère du coût du cycle de vie, intégrant les externalités environnementales, est pleinement compatible avec les principes de transparence et d'égalité de traitement qui régissent les marchés publics, dès lors qu'il est objectivement quantifiable et annoncé dans les documents de consultation. » Cet arrêt consolide la possibilité pour les acheteurs publics européens de privilégier des offres plus chères mais plus vertueuses, à condition de motiver leur choix.
Missions
Mission 1 — Analyse économique (6 points)
Contexte : Aurélie veut comprendre l'environnement économique de GreenBus et les menaces qui pèsent sur son modèle.
1.1 (2 pts) À partir du document 6, expliquez les flux économiques entre GreenBus et les autres agents du circuit. Identifiez le rôle spécifique des collectivités territoriales et de l'État.
1.2 (2 pts) Le document 2 distingue trois segments de marché. Caractérisez la structure concurrentielle de chacun et positionnez GreenBus.
1.3 (2 pts) Le document 3 évoque trois défaillances de marché. Définissez chacune rigoureusement et proposez, pour au moins deux d'entre elles, une intervention publique adaptée. Justifiez en quoi ces défaillances concernent directement GreenBus.
Mission 2 — Analyse juridique (6 points)
Contexte : La concurrence chinoise et la nouvelle commande publique verte reconfigurent la compétition.
2.1 (3 pts) À partir des documents 4 et 8, expliquez comment le droit de la commande publique peut jouer en faveur de GreenBus face à BYD. Mobilisez les articles L.2152-7, R.2152-7 et L.2112-2 du Code de la commande publique et l'arrêt CJUE 2020.
2.2 (3 pts) Les droits de douane antisubventions de 17,5 % (doc. 1) illustrent un instrument de régulation commerciale. Expliquez leur fondement juridique (OMC, règlement UE anti-subventions 2016/1037) et discutez leur efficacité pour protéger GreenBus.
Mission 3 — Analyse managériale (6 points)
Contexte : GreenBus doit repenser son positionnement dans un environnement qui se durcit.
3.1 (2 pts) Réalisez une analyse PESTEL simplifiée de l'environnement de GreenBus à partir des documents 1, 3, 4 et 5. Identifiez les 3 facteurs les plus structurants.
3.2 (2 pts) Appliquez les 5 forces de Porter au marché des cars électriques péri-urbains (doc. 1, 2, 5). Quelle(s) force(s) est (sont) la (les) plus contraignante(s) pour GreenBus ?
3.3 (2 pts) Aurélie hésite entre deux stratégies : (A) domination par les coûts (réduire les prix de 15 % en 2 ans via l'industrialisation) ou (B) focalisation sur un créneau haut de gamme (microbus autonomes, offre sur-mesure). Formulez votre recommandation argumentée.
Synthèse (2 points)
En 20 à 25 lignes, rédigez une note de synthèse à Aurélie Gasquet articulant les dimensions économique, juridique et managériale, et proposant un plan d'action sur 18 mois pour consolider GreenBus face à BYD.
Corrigé détaillé
Mission 1.1 — Circuit économique et flux de GreenBus
Notions mobilisées : circuit économique simplifié (Quesnay, 1758 ; comptabilité nationale Insee), agents économiques (ménages, entreprises, administrations, reste du monde), flux réels vs monétaires.
Plan attendu :
- Identification des agents
- Description des flux
- Rôle spécifique des collectivités et de l'État
Argumentation type :
Le circuit économique représente les flux entre agents. GreenBus est une entreprise (producteur) qui entretient des relations avec :
- Les ménages (ses salariés) : flux de salaires et cotisations (flux monétaire) contre travail (flux réel)
- Les autres entreprises (fournisseurs de batteries, sous-traitants) : achats de biens et services
- Les administrations publiques (Régions, AOM, syndicats mixtes de mobilité, État) : doubles flux – commandes de cars (flux réel) avec paiement par les collectivités (flux monétaire), subventions (Fonds Vert, CIR) de l'État ou de l'UE
- Le reste du monde : concurrence des importations chinoises (BYD, Yutong) ; GreenBus ne vend pas encore à l'export
Le rôle spécifique des collectivités est double : elles sont à la fois clientes (appels d'offres, doc. 5) et co-financeuses indirectes via les subventions qu'elles apportent aux AOM. L'État est un régulateur-financeur : il fixe les règles du jeu (commande publique, normes CO₂) et subventionne la transition (35 % du financement client en 2024, doc. 7 – en baisse).
Pièges à éviter :
- Oublier la distinction flux réels / flux monétaires
- Ignorer le rôle ambivalent des collectivités (clientes ET bailleuses)
- Traiter comme agents isolés sans logique de circuit
Exemple de phrase niveau mention :
« GreenBus s'insère dans un circuit économique où les administrations publiques jouent un double rôle : acheteuses via les appels d'offres des AOM (doc. 6) et co-financeuses via les subventions (35 % du financement client, doc. 7). La diminution de cette part publique (55 % en 2022 → 35 % en 2024) fragilise le modèle. »
Mission 1.2 — Structures concurrentielles et positionnement
Notions mobilisées : structures de marché (concurrence pure et parfaite, monopolistique, oligopole), pouvoir de marché, segmentation, positionnement.
Plan attendu :
- Analyse des trois segments
- Positionnement multi-segments de GreenBus
Argumentation type :
Le document 2 distingue trois segments :
- Bus urbains grande capacité (420 M€) : oligopole entre Iveco Bus, Volvo, BYD, Yutong. Barrières à l'entrée très fortes (R&D, homologation, capital). GreenBus n'est pas présent.
- Cars péri-urbains 18-40 places (180 M€, +35 %/an) : oligopole à franges concurrentielles entre GreenBus, Karsan, BYD et Heuliez. Segment en forte croissance. C'est le cœur de marché de GreenBus.
- Microbus autonomes 8-15 places (45 M€, +60 %/an) : marché embryonnaire à structure quasi-oligopolistique, dominé par quelques startups (Navya, EasyMile). GreenBus y fait des incursions.
GreenBus occupe un positionnement hybride : challenger sur les cars péri-urbains, entrant sur le microbus autonome. Avec 14,8 M€ de CA en 2024, sa part de marché sur les cars péri-urbains (180 M€) est d'environ 8 % – position de challenger crédible mais non dominant.
Pièges à éviter :
- Confondre oligopole et concurrence monopolistique
- Ne pas quantifier la part de marché
Exemple de phrase niveau mention :
« Les cars péri-urbains électriques constituent un oligopole à franges concurrentielles où GreenBus, avec ~8 % de part de marché, se positionne en challenger face à BYD et Karsan. L'arrivée de BYD (doc. 1) pourrait faire basculer ce segment vers un oligopole dominé, menaçant les acteurs régionaux. »
Mission 1.3 — Défaillances de marché et interventions publiques
Notions mobilisées : défaillances de marché (Arrow, Samuelson), externalités (positive/négative, Pigou 1920), bien commun (Ostrom), asymétrie d'information (Akerlof 1970), internalisation (taxe pigouvienne, subvention, norme).
Plan attendu :
- Définitions rigoureuses
- Interventions publiques adaptées
- Lien avec GreenBus
Argumentation type :
Le document 3 identifie trois défaillances classiques :
-
Externalités positives environnementales : les bénéfices d'un bus électrique (–82 t CO₂/an par véhicule) ne sont pas rémunérés par le marché. L'internalisation passe par : (a) subvention pigouvienne (Fonds Vert), (b) valorisation du coût du carbone (90 €/t CO₂) dans les appels d'offres publics, (c) bonus écologique pour l'acheteur.
-
Bien commun (infrastructure de recharge) : rival (deux bus ne peuvent charger simultanément sur une même borne) mais non exclusif (difficile d'en exclure un nouvel entrant). Risque de sous-investissement privé. L'intervention publique prend la forme de cofinancements (programme Advenir, appels à projets ADEME) ou de partenariats public-privé.
-
Asymétrie d'information sur la durabilité des batteries. L'intervention : normes obligatoires (ex. garantie batterie 8 ans 160 000 km), étiquetage énergétique, certifications tierces (TÜV, DEKRA).
Ces trois défaillances concernent directement GreenBus : sans subvention carbone, son prix plus élevé que BYD devient rédhibitoire ; sans infrastructure, les collectivités n'achètent pas ; sans information fiable, les acheteurs publics restent frileux.
Pièges à éviter :
- Confondre externalité et bien commun
- Oublier Pigou et l'internalisation
- Ne pas relier aux décisions d'achat des collectivités
Exemple de phrase niveau mention :
« GreenBus subit trois défaillances de marché (doc. 3) : externalités positives non rémunérées, sous-investissement dans le bien commun recharge, asymétrie d'information sur les batteries. Chacune appelle une intervention pigouvienne (subvention, co-investissement, normes), sans quoi l'offre chinoise (BYD) bénéficiera d'un avantage coût artificiellement élargi. »
Mission 2.1 — Commande publique verte comme levier
Notions mobilisées : code de la commande publique (art. L.2152-7, R.2152-7, L.2112-2), critères environnementaux, coût du cycle de vie, principes fondamentaux (égalité, transparence, liberté d'accès).
Plan attendu :
- Principe général de l'offre économiquement la plus avantageuse
- Critères environnementaux et coût du cycle de vie
- Sécurisation par la jurisprudence CJUE
Argumentation type :
Le droit de la commande publique français et européen offre plusieurs leviers à GreenBus :
-
Article L.2152-7 CCP : le marché va à l'offre économiquement la plus avantageuse – cette notion est plus large que le seul prix. Les acheteurs publics doivent pondérer prix et qualité.
-
Article R.2152-7 CCP : autorise expressément les critères environnement, développement durable, économie circulaire, performances environnementales. Une collectivité peut donner jusqu'à 40 % de pondération à ces critères.
-
Article L.2112-2 CCP et directive 2014/24/UE : obligation d'intégrer le coût du cycle de vie (Life Cycle Cost). Ce coût inclut l'investissement mais aussi l'énergie, l'entretien, les externalités environnementales monétisées (coût du carbone à 90 €/t, doc. 3). Cela réduit l'écart de prix affiché avec BYD.
-
Arrêt CJUE C-367/19 du 10 septembre 2020 (doc. 8) : confirme que le critère du coût du cycle de vie est pleinement compatible avec l'égalité de traitement, dès lors qu'il est objectivement quantifiable et annoncé. Cela protège les acheteurs publics contre un recours d'un perdant BYD.
Application : GreenBus doit accompagner les collectivités dans la rédaction de leurs cahiers des charges pour intégrer le coût du cycle de vie, et documenter ses externalités positives. Le témoignage de Frédéric Masson (doc. 5) montre que cela fonctionne quand l'écart de prix reste raisonnable.
Pièges à éviter :
- Ignorer la jurisprudence CJUE
- Confondre les trois articles
- Ne pas évoquer le LCC (Life Cycle Cost)
Exemple de phrase niveau mention :
« Les articles L.2152-7, R.2152-7 et L.2112-2 CCP, consolidés par la jurisprudence CJUE C-367/19 (2020), autorisent les acheteurs publics à intégrer le coût du cycle de vie et à pondérer fortement les critères environnementaux. Ce cadre juridique constitue la principale arme non-tarifaire de GreenBus face à BYD. »
Mission 2.2 — Droits de douane antisubventions
Notions mobilisées : OMC (Accord sur les subventions et mesures compensatoires, ASMC 1994), règlement UE 2016/1037, droits compensateurs, libre-échange vs protectionnisme, commerce loyal.
Plan attendu :
- Fondement juridique OMC et UE
- Conditions d'application
- Efficacité discutée
Argumentation type :
Les droits de douane antisubventions (17,5 %, doc. 1) reposent sur :
-
L'Accord ASMC de l'OMC (1994) : autorise un État importateur à imposer des droits compensateurs si trois conditions sont réunies : (a) existence d'une subvention publique à l'exportateur, (b) spécificité de cette subvention à une entreprise ou un secteur, (c) préjudice matériel à la branche de production du pays importateur.
-
Règlement UE 2016/1037 : transpose ces règles au droit européen et donne compétence à la Commission européenne pour enquêter et imposer des mesures. Enquête lancée en octobre 2023, mesures provisoires de juillet 2024, mesures définitives d'octobre 2024 à 17,5 %.
Efficacité discutée :
- Les droits réduisent l'écart de prix mais ne l'annulent pas : BYD reste 10 à 15 % moins cher après tarifs (doc. 1).
- Ils peuvent être contournés : BYD ouvre une usine à Szeged en Hongrie (doc. 1), ce qui transforme une « importation chinoise » en produit « assemblé en UE ».
- Ils peuvent provoquer des représailles chinoises (taxes sur le cognac, le porc).
- Ils sont temporaires (5 ans renouvelables).
Pour GreenBus, ils offrent un répit stratégique mais ne résolvent pas la question de la compétitivité industrielle.
Pièges à éviter :
- Confondre droits antidumping et antisubventions
- Ignorer la règlementation OMC
- Oublier la question du contournement par relocalisation
Exemple de phrase niveau mention :
« Les droits de douane antisubventions de 17,5 % (règlement UE 2016/1037, ASMC/OMC 1994) offrent à GreenBus un répit stratégique, mais leur contournement par l'implantation de BYD à Szeged (doc. 1) illustre leurs limites. La réponse durable passe moins par le protectionnisme que par la montée en gamme et l'internalisation des externalités. »
Mission 3.1 — Analyse PESTEL simplifiée
Notions mobilisées : PESTEL (Aguilar 1967 / Johnson & Scholes), macro-environnement, analyse stratégique.
Plan attendu :
- Les 6 dimensions
- Identification des 3 facteurs structurants
Argumentation type :
| Dimension | Facteurs identifiés | Source |
|---|---|---|
| Politique | Loi Climat 2021, objectifs NEC, commande publique verte | doc. 4 |
| Économique | Croissance marché (+27 %/an), coût cacao/matériaux, baisse subventions | doc. 2, 7 |
| Socio-culturel | Attente citoyenne qualité de l'air, image locale, souveraineté | doc. 5 |
| Technologique | Autonomie batteries, recharge rapide, conduite autonome | doc. 3 |
| Écologique | Transition décarbonée, valeur tutélaire carbone, biens communs | doc. 3 |
| Légal | CCP, jurisprudence CJUE, droits antisubventions, directive AFIR | doc. 1, 4, 8 |
Les 3 facteurs les plus structurants pour GreenBus :
- Légal : la commande publique verte (L.2112-2 CCP) est le principal levier concurrentiel de GreenBus face à BYD (coût du cycle de vie).
- Économique : la baisse des subventions publiques (55 % → 35 % du financement client, doc. 7) modifie l'équation économique de chaque appel d'offres.
- Écologique : la monétisation du carbone (90 €/t) est à la fois une menace (normes plus strictes) et une opportunité (valorisation des externalités positives).
Pièges à éviter :
- Lister les 6 dimensions sans hiérarchiser
- Ignorer le lien entre facteurs (ex. politique → légal)
Exemple de phrase niveau mention :
« Trois facteurs dominent l'environnement PESTEL de GreenBus : le légal (CCP et critères environnementaux), l'économique (baisse des subventions, –20 pts en 3 ans) et l'écologique (monétisation du carbone). Ces trois facteurs convergent vers la nécessité de valoriser les externalités positives dans les offres. »
Mission 3.2 — Les 5 forces de Porter
Notions mobilisées : 5 forces de Porter (1979), intensité concurrentielle, barrières à l'entrée, pouvoir de négociation.
Plan attendu :
- Les 5 forces appliquées
- Identification des forces les plus contraignantes
Argumentation type :
| Force | Intensité | Justification |
|---|---|---|
| Concurrence intra-sectorielle | Forte | Iveco Bus, Karsan, BYD, Heuliez sur les péri-urbains (doc. 2) |
| Nouveaux entrants | Très forte | BYD installe Szeged, Yutong en Europe, risques d'acteurs chinois additionnels (doc. 1) |
| Produits de substitution | Modérée | Bus hydrogène, train TER, covoiturage, vélo-cargo |
| Pouvoir des fournisseurs | Forte | Cellules batterie dominées par CATL, BYD (Chine) et LG (Corée) |
| Pouvoir des clients | Très forte | Acheteurs publics, appels d'offres avec 15-20 candidats parfois, pression prix (doc. 5) |
Les forces les plus contraignantes sont : nouveaux entrants (BYD) et pouvoir des clients (collectivités). À cela s'ajoute le pouvoir des fournisseurs batteries, qui conditionne la marge.
Pièges à éviter :
- Ne pas justifier chaque note
- Oublier les fournisseurs batteries (force critique)
- Confondre clients finaux (citoyens) et clients payeurs (collectivités)
Exemple de phrase niveau mention :
« L'analyse des 5 forces de Porter révèle que GreenBus subit la pression conjointe des nouveaux entrants (BYD, doc. 1), du pouvoir de négociation des clients publics (doc. 5) et du pouvoir des fournisseurs de cellules batterie (CATL, BYD, LG). Cette triple pression rend critique la différenciation et l'intégration partielle de la chaîne de valeur. »
Mission 3.3 — Stratégie : domination par les coûts vs focalisation
Notions mobilisées : stratégies génériques de Porter (1980), domination par les coûts, différenciation, focalisation, avantage concurrentiel durable.
Plan attendu :
- Analyse de chaque option
- Recommandation argumentée
Argumentation type :
Option A – Domination par les coûts : viser –15 % de prix en 2 ans via industrialisation, achats groupés batteries, standardisation. Problème : GreenBus ne pourra jamais rivaliser avec BYD (intégration verticale chinoise, subventions massives, effets d'échelle). Se positionner sur le coût, c'est accepter une guerre perdue d'avance.
Option B – Focalisation haut de gamme : microbus autonomes sur-mesure, territoires ruraux et montagnards, services intégrés (maintenance prédictive, conduite autonome). Avantages : marché de niche à +60 %/an (doc. 2), moins de concurrents (Navya, EasyMile), marges supérieures, souveraineté française valorisée (doc. 5).
Recommandation : Option B – focalisation sur le créneau haut de gamme (microbus autonomes + cars péri-urbains premium avec services). Cette stratégie tire parti de trois atouts : (a) la différenciation technologique (autonomie), (b) l'ancrage territorial apprécié des collectivités (doc. 5), (c) la valorisation par le coût du cycle de vie (doc. 4 et 8). Elle évite la guerre des prix perdue d'avance face à BYD.
Pièges à éviter :
- Recommander la domination par les coûts sans mesurer les moyens requis
- Ne pas citer Porter
- Ignorer la question de l'échelle
Exemple de phrase niveau mention :
« Face à BYD, la domination par les coûts est illusoire : l'écart structurel (30 %, doc. 1) ne peut être comblé. GreenBus doit choisir la focalisation (Porter, 1980) sur le segment microbus autonome (+60 %/an, doc. 2) en valorisant son ancrage territorial et sa différenciation technologique. »
Synthèse — Note à Aurélie Gasquet
Structure attendue :
- Introduction : rappel de la situation, problématique
- Partie 1 : diagnostic économique
- Partie 2 : enjeux juridiques
- Partie 3 : recommandations managériales
- Conclusion : plan d'action 18 mois
Exemple de note de synthèse complète :
Note stratégique – GreenBus, consolider la position face à BYD (horizon 18 mois)
La concurrence chinoise (BYD, doc. 1), la baisse des subventions publiques (–20 pts en 3 ans, doc. 7) et la rareté des infrastructures de recharge (doc. 3) convergent pour mettre sous pression un modèle en croissance rapide mais fragile.
Diagnostic économique : GreenBus opère sur un marché en oligopole à franges concurrentielles (doc. 2). Sa croissance (+52 %/an) masque trois défaillances de marché (externalités non rémunérées, bien commun recharge, asymétrie d'information) qui pèsent sur la décision d'achat des collectivités. La domination par les coûts face à BYD est illusoire.
Enjeux juridiques : le Code de la commande publique (art. L.2152-7, R.2152-7, L.2112-2) et la jurisprudence CJUE C-367/19 (2020) autorisent les acheteurs publics à valoriser le coût du cycle de vie et les externalités environnementales. C'est la principale arme non-tarifaire de GreenBus. Les droits antisubventions (règlement UE 2016/1037) offrent un répit temporaire mais contournable.
Recommandations managériales : trois axes pour 18 mois :
- Focalisation haut de gamme (Porter) : accélérer sur les microbus autonomes (+60 %/an) et les cars premium à forte intensité de services.
- Pédagogie auprès des acheteurs publics : former les acheteurs des AOM à intégrer le coût du cycle de vie dans leurs cahiers des charges (mission de lobbying B2B auprès du GART et de France Mobilités).
- Sécuriser la chaîne d'approvisionnement batterie par des contrats pluriannuels (CATL, LG) et explorer une joint-venture européenne (Verkor, ACC) pour réduire le pouvoir des fournisseurs (Porter).
Plan d'action 18 mois : T3 2025 publication d'un livre blanc sur le LCC pour collectivités ; T4 2025 signature d'un contrat cadre batterie ; T1 2026 lancement de la nouvelle gamme microbus autonome niveau 4 ; T2 2026 ouverture d'un bureau commercial Bruxelles.
Critères d'évaluation :
- Argumentation structurée
- Mobilisation croisée des 3 champs
- Références précises aux documents
- Plan d'action opérationnel et daté
- Recommandation claire
Compétences CEJM évaluées
- Économie : circuit économique simplifié, agents économiques, structures de marché (oligopole, concurrence monopolistique), défaillances de marché (externalités, bien commun, asymétrie d'information), Pigou, internalisation
- Droit : code de la commande publique (L.2152-7, R.2152-7, L.2112-2 CCP), jurisprudence CJUE (C-367/19), droits antisubventions (règlement UE 2016/1037, OMC ASMC)
- Management : analyse PESTEL, 5 forces de Porter, stratégies génériques de Porter (domination par les coûts, différenciation, focalisation), segmentation, positionnement
- Méthodologie : diagnostic stratégique, plan d'action, argumentation structurée
Aller plus loin
- Cours associé : L'environnement de l'entreprise
- Cours associé : Le fonctionnement des marchés
- Cours associé : Les agents économiques en relation avec l'entreprise
- Cours associé : Le circuit économique simplifié
- Cours associé : Défaillances de marché et régulation publique